Margaux Margaux

La joie a une date de péremption

N’a-t-on pas rêvé d’annuler son billet et de demeurer sans retour sur les plages de sable blanc ?

La joie a une date de péremption

On peut considérer que tout sur terre a une date de péremption, en quelque sorte. Tout s’achève, tout se gâte, tout se transforme, rien ne conserve sa forme ni sa saveur d’origine. Le temps polit les pierres, flétrit les peaux, efface les mémoires et abîme les saveurs. La première gorgée de bière est généreuse en corps, en sensation et en goût, les sens sont exaltés par cet événement frais et nouveau qui enivre les papilles. La dernière gorgée de bière n’est qu’une répétition tiède et insipide qui vous file la migraine.

J’ai les yeux rivés sur la canette de Bintang qui m’a gonflé l’estomac. Je crois avoir accepté de la boire par réflexe mais j’en ai plutôt marre de cette pisse fraiche qui ne m’enivre plus le samedi soir. Mes amis vantent une application qu’ils utilisent sur leur smartphone et je distingue derrière leurs voix le bruit de fond de la mer des Îles qui lèche doucement le sable comme si elle chuchotait une berceuse aux grains qui la composent. Un chien errant passe en courant, un chat s’installe au centre du cercle de nos amis, le ventre en l’air. C’est cette petite chatte blanche qu’on trouve toujours devant ce resto. Je l’aime bien, celle-là.

Un coup d’œil à ma montre : il est encore tôt. De toute façon la maison d’hôte dont je m’occupe est vide et je n’ai aucune arrivée prévue demain matin. 

Tout à coup, je les vois. Ils arrivent d’un bond véloce et léger en déchirant l’air moite sur leur passage. Les bras en l’air, les cordes vocales vibrantes d'allégresse, on dirait que sur leur sillage, la nuit s’éclaire de l'aura fluo de leur exaltation.

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