Margaux Margaux

Êtes-vous une victime ?

Me remettre en question ? Non, je suis convaincu de n’être qu’une victime. Cependant, j’ai des fantasmes, j’imagine tout changer. Je ne change rien.

Êtes-vous une victime ?

Je suis un individu européen générique qui réside en France. Dans mes journées on retrouve les points de fidélité de chez Auchan, le harcèlement de rue, le métro-boulot-dodo et la cuite du week-end. Dans mon esprit, on perçoit l’angoisse du futur, la nostalgie du passé et l’abstraction du moment présent, le tout régi par le complexe du regard de l’autre. Je passe beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux où je compare ma vie à celle des autres et me crée des complexes.


Je suis frustrée, mais je ne peux rien changer.


Comme mon entourage, je crois que mon sort est immuable et s’il ne l’est pas, je ne peux rien faire. En tout cas, pas tout de suite. Il faut attendre. La solution est dans le futur.

J’attends.

Je remets tout au lendemain, la procrastination est ma religion. Mes jours se ressemblent, ainsi que mes semaines et mes années, si bien que je m’étonne tous les 24 décembre que ce soit déjà Noël. 
J’ai un fond dépressif et j’ai souvent conclu que ce monde n’était pas pour moi, je n’y trouve pas ma place, mon sens, ni mon bonheur.

Stop… Tu viens de te reconnaitre ?

C’est normal, c’est parce que je suis un individu générique issu d’un moule qui forme la matière molle avec laquelle nous naissons.
Dans quel moule es-tu née, toi, derrière ton écran, qui ne trouves pas ta place dans ce monde ? C’est quoi le monde pour toi ? C’est le numéro 31 de la rue Machin du quartier dans lequel tu vis ? C’est Marseille ou Paris ? C’est la France ?
Un de mes ennuis récurrents, c’est le voisin qui ramasse la merde de mon chien dans son jardin pour la mettre sur mon paillasson. En Afrique du Sud, le problème récurrent dans les jardins, c'est les hippopotames qui débarquent pour squatter les piscines des particuliers. Moi, je n’ai jamais vu d’hippopotame.
L’autre jour, dans la rue, un enfant s’est moqué de moi parce que je marchais pieds nus dans la rue.
“Elle a pas d’argent, la dame”, a-t-il oralement supputé.
J’ai eu honte.
En Nouvelle-Zélande, marcher pieds nus fait partie de la culture locale. En été, les pieds sont libres de faire leur corne sur les trottoirs de Wellington, même ceux des enfants, même ceux des hommes d'affaires. Moi, je ne pourrais pas pointer du doigt la Nouvelle-Zélande sur une carte.
J’ai eu une fin de mois difficile, et j’ai dû demander de l’argent à mes parents. Ce mois-ci, un enfant est mort de faim. Je le sais, mais quelque part ça ne me concerne pas, c’est comme si ça n’existait pas. Ou alors loin, émanant d’une réalité qui m’est étrangère.

Non, je ne connais pas le monde auquel, pourtant, je suis sûre de ne pas m’identifier.

La bêtise, c’est de se réveiller un matin et de se dire “j’en sais assez”, disait Jacques Brel. Mon ignorance hérite de ma paresse, je prends les raccourcis de la pensée qui me mènent à des conclusions stupides sur l'immuabilité de mon cas. 

Me remettre en question ? Non, je suis convaincu de n’être qu’une victime. Cependant, j’ai des fantasmes, j’imagine tout changer.

Je ne change rien.

Ma trouille sans nom de sortir de ma zone de confort se manifeste au nombre des mauvaises excuses que je me donne à moi-même.
Ça ira mieux. Plus tard.
La folie, c’est de se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent, disait Albert Einstein.
"Mais moi c’est pas pareil, c’est pas aussi facile, tu peux pas comprendre, toi t’as pas ... "
Je crois que ma situation est particulière, inextricable, je ne me bats que pour cette conviction, celle d’être une victime. 

Un soir, débordée par l’absurdité de mon quotidien et oppressée par le sens inexistant de ma petite vie, j’ai collé mes fesses sur le sol et ma tête dans les étoiles. J’ai fixé intensément ces astres dont la faible lumière peinait à percer le ciel pollué des lumières des villes, jusqu’à ce que je les voie enfin, et moi avec, aussi petite et insignifiante que les grains de sable sous mes fesses. L’infiniment petit rappelé à l'ordre par l’infiniment grand; j’ai réalisé. Rien n’est réel. 

Mes problèmes ne sont pas réels, les lois, l’argent, tout est créé par l’homme, tout est fictif. Il y a 7,7 milliards de réalités différentes sur terre, et aucune d’entre elles n’est LA réalité, elles ne sont que des perceptions. Et s’il fallait élire une réalité pour les régir toutes, il faudrait bien que quelqu’un en soit le juge …

Tu vas pas rester comme ça, à attendre la triste fin d’un truc médiocre dont personne ne connait le sens. Tu vas faire quelque chose. Maintenant, dès que tu auras éteint ton écran. 

Tu vas transformer tes excuses en volonté, tu vas modifier ta perception de la réalité, tu vas vivre, tu vas découvrir, tu vas jouir de l’infini des possibilités de la vie. 

Tu vas voyager.

Et ensuite, reviens par ici, raconte-nous les histoires délirantes que tu auras vécues, et on les publiera avec les histoires de ceux qui sont déjà partis. 

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