Margaux Margaux

Eve et le matteur de la tringle à rideau

l’intrus ressurgit, plus raide et fier que Rocco Siffredi. De sa posture fière et chancelante à la fois, refluait toute la rancune de s’être fait piquer les yeux par du "Garnier : racine grasse pointes sèches", lui qui n’avait jamais eu de cheveux.

Eve et le matteur de la tringle à rideau

Ce jour-là, j’avais fait une éruption plutôt brutale dans le cabanon sanitaire, planté dans le bush australien. J’étais certaine de n’y trouver personne étant donné que le seul autre humain à des kilomètres à la ronde était assis, bière en main, devant les informations locales. Pourtant, je dérangeais bien quelqu’un. Sur le vacarme de la clenche, un cylindre vibrant s’était érigé dans les airs et me faisait face, vacillant et sifflant. Il me sembla qu’une fiole de verre s’était brisée dans mon estomac. Je fus figée d’effroi à la vue du long reptile menaçant et presque aussi épais que mon avant-bras. Le long tube de muscles écailleux s’érigeait derrière la machine à laver et deux billes noires soutenaient mon regard écarquillé.
Tout à coup, l’animal se tourna et projeta sa masse contre la fenêtre fermée. Il rebondit sur le verre de la vitre avant de tenter sa chance quelques centimètres plus loin. Ma bouche, laissée béante par la sidération, se referma d’un coup. Le choc et l’horreur s’étaient dilués à mesure que le malheureux me déroulait son spectacle de panique le plus pathétique. Cet imbécile allait s’assommer. Finalement tout à fait sortie de ma torpeur, et le serpent n’arrivant à rien, je pris la décision d’abréger son calvaire. Je fis un pas vers la fenêtre que j’ouvris prestement avant de reculer. Le maladroit se cogna encore un peu sur le portant en bois avant de se hisser misérablement par l’encadrement. Je m’étais attendue à plus de grâce et de souplesse de la part d’un serpent. Le choc sourd et bref de son corps sur le sol m’indiqua que le pauvre bougre avait enfin mené sa fuite à bien. Sa couleur verte me fit dire qu’il s’en était allé retrouver les branches des arbres dont sa race non vénimineuse était issue.

Après un bref souffle de soulagement, je m’en retournai à mon projet d’ablutions corporelles. Motivée par le brasier ambiant, je me jettai sous le jet de la douche, le mitigeur penché vers le bleu jusqu'au vertige. C’est dans ce moment de faiblesse et de nudité que je le vis : le deuxième serpent vert arboricole, court et mince cette fois, entortillé autour de la tringle de douche.

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