L’homme face à l’ours
quatre gros yeux jaunes réfléchissent nos rayons lumineux et nous fixent sans bouger. Ce ne sont pas des chiens car ils auraient aboyé… On approche doucement…
« Venez, on va faire une rando dans les montagnes par là-bas »,
Voilà les mots prononcés par Fofi, mon ami et camarade de voyage.
Lenka et moi-même acceptons aussitôt, un peu sur un coup de tête. Nous sommes en Géorgie et nous avons un moment libre. Fofi nous expose son idée de franchir la montagne que l’on voit plus loin. L’entreprise nous prendra un, deux, ou bien trois jours, on verra bien.
Nous voilà partis pour faire quelques courses de nourriture que nous enfonçons dans nos sacs à dos avec les sacs de couchage et une tente.
« Le trajet sera à peu près celui-là », nous explique notre guide improvisé en exhibant une carte. Ce bout de papier récupéré à l’office du tourisme décrit globalement les régions. On dirait un plan de parc d'attractions, mais avec beaucoup moins de détails. Pas un chemin n'apparaît, il nous faudra donc les trouver sur place. Davaï ! (Aller)
On commence par garer notre camion où cela nous est possible. C’est assez loin du chemin que nous avons élu comme point de départ. Qu’à cela ne tienne, nous faisons du stop. Un homme s’arrête et nous demande où nous allons.
« Eh bien, justement, on aimerait que vous nous le disiez ! On cherche un chemin pour franchir cette montagne.»
Le type ne s’attendait pas à ce retournement de situation mais, sympa, il se prête au jeu.
— Je pense savoir d’où vous pourriez partir, mais je ne vous garantis pas que ce sera le mieux.
— Ce sera parfait, merci !
— Vous avez quoi comme fusil? demande-t-il machinalement.
C’est à notre tour d’être surpris.
— Heu… On n’en a pas, pourquoi ?
— Pas de fusil ? Bah pour repousser les ours et les loups si besoin !
Et le voilà qui nous dépose à la sortie d’un village de montagne, face à un chemin qui s’enfonce dans une nature apparemment hostile… Eh bien, allons-y !
Nous marchons par une température agréable sur des chemins que nous choisissons au doigt mouillé en essayant de nous donner un cap vers ce qui nous semble être la bonne direction. Notre but est d’atteindre une ville située derrière les reliefs de la montagne. Une fois rendus, nous ferons du stop pour regagner notre véhicule.
Après plusieurs heures de marche plutôt sympathique dans une belle nature, le soleil commence à descendre et nous croisons nos premières traces de pattes d’ours.

« La vache ! Ça fait des sacrés pattes quand même », nous nous extasions tout en plaçant nos mains dedans pour comparer les tailles.
Plusieurs intersections se sont proposées à nous et les décisions approximatives prises à répétition commencent à nous faire douter de notre position sur le plan du Parc Astérix.
Nous entendons des grondements provenant de la forêt… ça se rapproche…
On les voit maintenant surgir du chemin, deux gros Ural 6x6 qui transportent des troncs d’arbres énormes. Les types s’arrêtent et nous demandent ce que l’on fait là.
« Est-ce que vous pourriez nous dire où nous sommes justement ? »
On leur montre notre plan, ils rigolent bien évidemment. Eux non plus ne parviennent pas à nous situer sur ce bout de papier qui n’a jamais été designé pour être utilisé.
« Si vous voulez, on passe devant un croisement un peu plus loin. Je pense que vous y serez mieux que sur ces petits chemins. Ce sera plus facile de vous y repérer. Montez sur les troncs à l’arrière et on vous dépose.»
Nous grimpons sur des troncs avoisinant le mètre de diamètre. Désormais notre but est de ne pas nous faire coincer les mains et les pieds entre les rondins secoués par les énormes ornières et autres traversées de rivière.

Après plusieurs dizaines de minutes, ils s’arrêtent. Effectivement, il s'agit d'un axe plus fréquenté avec certainement des indications quelque part. Merci les gars !
Le soleil décline et il nous faut trouver un endroit pour dormir à l’aide de nos lampes frontales.
« Regardez là-bas, on dirait une maison, venez on y va… putain… c’est quoi ça ? »
En nous rapprochant de la silhouette de la cabane, quatre gros yeux jaunes réfléchissent nos rayons lumineux et nous fixent sans bouger. Ce ne sont pas des chiens car ils auraient aboyé… On approche doucement…