Le somnambule du bout du monde
Je m’éveille en sursaut, tiré des bras de Morphée par les hurlements d’une femme. Mes yeux blessés par la lumière vive du plafonnier tentent d’analyser la situation. La hurleuse se trouve au pied de mon lit et m’observe horrifiée...
L’affaire se déroule un dimanche soir dans une auberge de jeunesse.
Je suis éveillé depuis vendredi matin, j’ai fait la fête tout le week-end et je m’endors finalement sur un des quatre lits d’un dortoir vide.
Je ne sais pas depuis combien de temps je dors, mais je m’éveille en sursaut, tiré des bras de Morphée par les hurlements d’une femme. Mes yeux blessés par la lumière vive du plafonnier tentent d’analyser la situation. La hurleuse se trouve au pied de mon lit et m’observe horrifiée. À ses côtés se trouve celui que j’identifie comme son petit copain.
Cette paire ne m’est pas inconnue, j’ai déjà côtoyé ce couple dans les parties communes de l’hôtel et j’ai cru comprendre qu’ils ne me portaient pas dans leur cœur.
Au fur et à mesure que je reprends conscience, je réalise que je suis allongé en étoile par-dessus mes draps et entièrement nu. Mais ce n’est pas uniquement cette vision incongrue qui suscite respectivement la stupeur et la rage de la part des deux amoureux, le vrai problème dans cet évènement, c’est que je ne suis pas allongé sur mon lit, mais sur le leur. Et je ne me trouve pas non plus dans ma chambre, mais dans la leur, située à l’opposé de mes quartiers, à l’autre bout de l’auberge. Je me redresse d’un bond, aussi hébété que mes deux juges à qui je dois pourtant rendre des comptes. Je bafouille des excuses, le type me jette un drap pour que je me couvre et je quitte leur chambre, ahuri d’avoir été victime de somnambulisme.
Tout en regagnant ma chambre, fagoté comme un rouleau de printemps, je réalise qu’il n’est pas très tard et que j’ai certainement dû déambuler à demi-conscient en tenue d’Adam dans les couloirs fréquentés de l’établissement.
Le pire n’est pas encore derrière moi.
Rendu sur le seuil de mon dortoir, je dois faire face à l’évidence toute nue : je n’ai pas les clés sur moi et cette porte est dotée d’un verrouillage automatique. J’ai entendu dire hier qu’un nouveau compagnon de chambre m’avait été attribué. Comme je me suis couché tôt, je n’ai pas encore eu l’occasion de le rencontrer. Je frappe à la porte, rien. Le bougre doit être encore éveillé quelque part dans l’hôtel. À poil sous ma tauge de linge de lit, je pars à la recherche de mon colocataire. J’interroge aléatoirement les protagonistes encore éveillés que je trouve dans l’auberge, jusqu’à finalement, dans ces conditions idéales, vivre les présentations officielles avec mon compagnon de chambrée et gagner le droit de retourner me coucher.
Au matin, je m’excuse platement auprès du couple qui, de toute façon, ne m’aimait déjà guère. Toute l’auberge avait été mise au courant de l’incident, ou bien en avait été directement témoin. Ce fut une affaire plutôt inconfortable sur le moment, mais finalement amusante à partager et revivre en songe.
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