Davia, la sultane corse
Une nouvelle intense qui vous emporte au large
Une fresque historique revisitée avec audace par Christian Berthier,
Préface
"Sois libre. Sois forte. Sois toi."
Laissez-vous emporter par le destin hors du commun de Marthe, une enfant de Balagne à la présence magnétique, dont la vie bascule une nuit de sang et de cendres lors d'un raid de corsaires. Arrachée à sa Corse natale, elle entame une odyssée maritime et humaine qui la mènera des ruelles de pierre de Corbara jusqu'aux palais d'onyx et d'argent du Maghreb.
Une héroïne inoubliable :
Devenue Davia, « Celle qui est lumineuse », la jeune captive refuse de plier. Face aux puissants, elle impose son silence, sa dignité et une intelligence redoutable, se transformant en une fine lame forgée dans la douleur.
Un vibrant hommage à la transmission :
Écrit comme un chant dédié à sa petite-fille, ce texte est bien plus qu'un récit d'aventures. C'est un hymne universel à la liberté, à la résilience et à la force des racines qui ne meurent jamais.
Embarquez pour un voyage captivant où la mer n'est jamais une frontière, mais le chemin d'un destin souverain. Une lecture intense qui souffle comme le vent du large !
Davia, la sultane Corse
À Davia, ma petite-fille,
Que le vent te guide,
que la mer te parle,
et que ton cœur se souvienne toujours des racines invisibles qui te viennent de la Balagne.
Le goût du sel
Une petite brise soufflait doucement ce matin-là, comme un soupir ancien venu du large. Elle faisait danser les herbes sèches sur les collines, frémir les branches de lentisques, et rouler l'odeur du sel jusqu'aux ruelles de Corbara, petit village minéral accroché aux hauteurs de la Balagne.
Dans une maison simple en pierres sèches et aux volets turquoises, Marthe ouvrit les yeux. Elle venait d'avoir dix ans. Sa mère disait qu'elle était née "entre deux souffles du vent", un soir d'été où le soleil avait embrasé la mer et peint les montagnes d'or.
Marthe avait déjà ce quelque chose que les autres enfants du village ne possédaient pas. Ce n'était pas seulement la beauté - bien que celle-ci soit évidente : une peau dorée par le soleil, des yeux couleur d'ardoise mouillée. Ses cheveux irisés de veines blondes comme le cœur des oliviers du Regino, étaient indomptables, balayés par la Tramontane qui court le long des sentiers de l'île. Non, ce qui frappait, c'était sa présence. Même silencieuse, on la remarquait. Elle était là comme le ciel au-dessus des collines : impassible, vaste, magnétique.
Quand elle partait livrer le monastère, sur le chemin de Pigna, le bât de sa mule plein des pains de sa mère, les frères dominicains, malgré son jeune âge, lui parlaient avec bienveillance et déférence. Elle restait avec eux et écoutait gravement les cœurs d'hommes qui se répercutaient le long des voûtes qui ceinturaient le cloître. Lentes mélodies divines qui pénétraient l'âme de la jeune fille.
Elle courait ce jour-là, libre, pieds nus, les bras écartés dans les sentiers de poussière. Elle cueillait les immortelles, sautait les murets et s'imaginait déjà partir loin. Car même si elle n'en parlait pas, quelque chose en elle appelait le large. Elle aimait le bruissement du vent dans les figuiers, mais plus encore, le grondement lointain des vagues contre les flancs du château d'Algajola les jours de Libecciu.
Son père, Jacques-Marie, l'observait depuis les terrasses du village. Jardinier de métier, il savait lire la terre comme d'autres lisent les étoiles. Il travaillait dans les vergers de riches familles et murmurait à ses plants de cédrat et de myrte comme on parle à un enfant. Sa femme, Silvia, chantait pendant qu'elle cuisait le pain au four, des mélodies si anciennes qu'aucun voisin ne s'en souvenait plus les paroles. Marthe vivait dans un monde d'odeurs et de mélodies, ceux du maquis, du pain chaud croustillant et de la mer au loin. Elle grandissait avec l'innocence des enfants qui ne savent pas encore qu'un jour tout peut basculer.
Ce basculement arriva un soir sans lune. Des ombres approchèrent. Des voiles noires, longues et basses sur la mer. Des corsaires venus du sud, silencieux et rapides comme des rapaces. Ils débarquèrent sans bruit, à l'heure où l'on mouche les chandelles. Marthe dormait. Quand elle ouvrit les yeux, la nuit avait changé. Elle entendit des cris, vit des flammes danser dans les reflets d'un couteau. Elle chercha sa mère, hurla le nom de son père. Des bras la saisirent. Tout changea pour elle dans l'odeur des cendres et du sang.
Sur le pont du navire, ligotée entre son père et sa mère, elle sentit pour la première fois le goût du sel, non plus celui des embruns, mais celui des larmes qui tombent sur les lèvres. La Corse s'éloigna, ses montagnes devinrent ombres. Elle s'endormit à nouveau, cette fois pour toujours dans l'enfance qu'elle venait de perdre.
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